controverses

       Depuis trois siècles, l'histoire est devenue un véritable champ de bataille, particulièrement âpre pour ce qui concerne les origines chrétiennes de la Gaule : premier ou troisième siècle, telle est en substance, toute la controverse. Il faut savoir que durant quinze siècles, tous les papes, tous les saints et tous les rois ont tous cru à l'apostolicité de la Gaule, c'est à dire au fait que nos diocèses furent fondés par des envoyés de saint Pierre, et parfois par des témoins oculaires du Christ.

     Malheureusement l'humanisme décadent qu'on appelle improprement la Renaissance, puis le protestantisme, et enfin les dites "Lumières" cherchèrent à détruire nos traditions vénérables: soit de manière violente, par le feu; soit de manière insidieuse, par la critique acerbe. C'est ainsi que depuis, nous assistons à une double histoire, les "bons" et les "mauvais" historiens, avec tous les degrés imaginables entre les deux. Le triomphe de la critique, y compris dans les rangs d'un clergé libéral, fustigé notamment par saint Louis-Maris, est l'une des cause cachée mais réelle, subtile, de la Révolution française.

      Nous sommes loin d'en être sortis, et c'est pour aider à y voir plus clair que nous vous proposons une série d'études, dont une frise chronologique, des sources vérifiables, des articles et des vidéos. Car enfin il faut savoir si l'Eglise a trompé ses fidèles durant deux mille ans, ou si les historiens modernes doivent revoir leur copie, en commençant par recevoir avec bienveillance, ces "milliers d'indices convergents" qui postulent en faveur de l'hypothèse que nous défendons, celle de l'évangélisation des Gaules au premier siècle. Chaque jour qui passe, notre conviction se trouve renforcée de toutes les manières. Nous espérons qu'il en sera de même pour vous, cher visiteur, cher lecteur.

grande frise interactive des controverses
sur l'évangélisation originelle des gaules

Cesare Baronio (1538–1607)
Le Cardinal Baronio est une figure majeure de la Réforme catholique, auteur d’une œuvre monumentale. Son œuvre principale est Annales Ecclesiastici en 12 volumes couvrant l’histoire de l’Église des origines jusqu’à l’an 1198.
Concernant saint Denys, il reconnaît que cette identification existe dans la tradition mais exprime des doutes sérieux sur sa solidité historique, de par l’absence de sources anciennes suffisamment explicites.

Jean de Launoy (1603-1678) janséniste
Considéré comme le « dénicheur de saints » est très critique sur les traditions Saint Denys l’aéropagite : opinion est « reçue sans preuve » et repose sur des « auteurs tardifs et peu sûrs ». La tradition est une confusion née au Moyen Âge. Saint Martial : La tradition imposée par Adhémar de Chabannes est fondée sur des «monuments supposés » (c’est-à-dire falsifiés)

Daniel Papebroch (1628-1714)
A joué un rôle majeur dans le développement de la critique historique des vies de saints avec ses prises de position critiques sur les traditions espagnoles et gauloises.

Jean Bolland
Fondateur du projet des Acta Sanctorum. Il lance une méthode nouvelle : collecte systématique des manuscrits, tri critique des traditions.

Godefroid Henschenius,
collaborateur direct de Bolland et co-rédacteur des premiers volumes des Acta Sanctorum. Il contribue à structurer la méthode critique.

Autour de l'an 65

Louis-Sébastien Le Nain de Tillemont (1637-1698) Janséniste
Son travail majeur est « Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique des six premiers siècles ». Il ne retient que ce qui est solidement attesté par des sources anciennes et concordantes et rejette les traditions tardives non documentées. Il considère que les traditions apostoliques ne reposent pas sur des témoignages suffisamment anciens.

Jacques de Longeval (1680-1731) Jésuite
Même si Longeval n’est pas une figure majeure de la critique historique comme Jean de Launoy ou Louis-Sébastien Le Nain de Tillemont, il adopte ponctuellement une approche critique interne des textes hagiographiques. En particulier, lorsqu’il relève que des récits de miracles (par exemple dans les vies de saints comme saint Front ou saint Euchaire) se ressemblent fortement et sont donc faux. Ses travaux conduisent l’évêque de Périgueux à remanier dans le bréviaire de 1781 les textes des offices de saint Front.

Voltaire
Il formule une critique générale sur des traditions religieuses non vérifiées et met en doute des récits anciens transmis sans sources solides dans son « Essai sur les mœurs et l’esprit des nations » (1756). Il ironise sur la répétition des mêmes motifs hagiographiques dans « Questions sur l’Encyclopédie » (1770–1774)

Mgr Duchesne (1843-1922)
Dans son œuvre majeure « Fastes épiscopaux de l';ancienne Gaule » (publiée à partir de 1894), il pose la question des origines des Églises de Gaule et donc de son évangélisation. Il entend établir une chronologie réaliste de l’épiscopat en Gaule en reconstituant, diocèse par diocèse : les listes d’évêques, leur ordre chronologique et leur date probable d’existence. Et ainsi prouver que la plupart des sièges épiscopaux gaulois n’apparaissent de manière sûre qu’au 3 e ou 4 e siècle.

Albert Houtin (1867-1926)
Prêtre moderniste qui a demandé sa réduction à l’état laïc. Albert Houtin apporte une lecture plus radicale et historiographique, en expliquant pourquoi ces légendes sont apparues et comment elles ont été défendues. Il insiste sur le fait que les traditions apostoliques (Trophime, Denis, Madeleine, etc.) sont des constructions tardives et intéressées, et considère ces récits non comme des souvenirs déformés, mais comme de véritables élaborations idéologiques du clergé médiéval. Selon lui, les légendes apostoliques servent à donner du prestige à un siège épiscopal (Arles, Tours, Paris, etc.), à justifier une primatie ou une autorité régionale ou à attirer pèlerinages et dons. Il met donc en lumière une logique institutionnelle. Ainsi « Les Églises de Gaule, comme celles d’ailleurs, ont cherché à se donner des origines apostoliques. […] À défaut de traditions certaines, on en créa. Chaque Église voulut avoir son apôtre, son fondateur venu directement des disciples du Christ. » Dans le même esprit, il explique encore : « Ces récits ne reposent sur aucun témoignage contemporain ; ils sont le produit d’une élaboration progressive, où l’on voit l’imagination pieuse suppléer au silence de l’histoire. »

Albert Houtin est très engagé dans le courant moderniste et voit dans la critique historique un moyen de réformer en profondeur la vision de l’histoire de l’Église

Victor Saxer (1918–2004)
Il s’inscrit dans la continuité des grands critiques (Bollandistes, Louis Duchesne) en analysant des traditions hagiographiques. Son approche qui se veut scientifique vise à démontrer que les vies de saints sont avant tout des textes littéraires produits dans un contexte historique précis répondant à des objectifs spirituels, liturgiques et institutionnels. Saxer met en évidence que les récits hagiographiques reposent souvent sur des modèles narratifs avec des miracles types et des épisodes récurrents. Il appuie le consensus moderne que les origines apostoliques directes des Églises de Gaule ne sont pas historiquement démontrables et que cette revendication elle-même est un phénomène historique à expliquer.

Au deuxième siècle

Du III ème au XIVème siècle

XIVème siècle : débuts des controverses

XVIIIème siècle

XIXème siècle

Mgr Bellet
Mgr Paul Guérin
Abbé Maistre
Père Giry

Partisans de l'évangélisation tardive

Partisans de l'évangélisation du Ier siècle

« Comment admettre que les apôtres soient allés en personne dans les contrées les plus reculées de l’Asie et de l’Afrique, et qu’ils aient oublié les Gaules, bien moins éloignées de Rome que les Indes ne le sont de Jérusalem ?

Comment admettre qu’en Orient tout ce qui souffre, les esclaves, les pauvres, les femmes surtout, se convertissent à la religion de l’amour, et qu’en Occident cette religion, si tendre, si compatissante, soit restée stationnaire durant bien des générations ?

Comment admettre que l’Église de Rome ne rayonne pas au-delà des Alpes, quand tout le monde reconnaît que les populations gauloises, frémissant sous le joug romain, réduites à la misère, fidèles aux traditions druidiques, presque hébraïques, étaient préparées plus que tout autre peuple à recevoir la bonne nouvelle ?

Comment admettre que la province la plus importante de l’empire, la Gaule, si voisine de l’Italie, et que son intelligence non moins que sa valeur rendait célèbre dans le monde entier, surtout depuis sa lutte héroïque avec les légions de César, ait seule échappé à l’attention des apôtres et de leurs disciples ?

Comment admettre que les erreurs du gnosticisme aient pu, vers le milieu du IIe siècle, infecter les vallées du Rhône et de la Garonne, d’après le témoignage de saint Irénée et de saint Jérôme, qui réfutèrent éloquemment ces aberrations primitives du libre examen, si l’Évangile n’y avait été implanté précédemment et n’y avait recruté de nombreux prosélytes ?

Comment admettre que, au milieu des controverses doctrinales de cette époque, l’évêque de Lyon, invincible défenseur de l’orthodoxie, ait tenu plusieurs conciles dans les Gaules, et qu’il ait envoyé au pape Victor une lettre synodale au nom de ses frères dans l’épiscopat, si plusieurs sièges n’y avaient été fondés depuis longtemps ?

Donc, des inductions légitimes, appuyées sur une tradition immémoriale et sur des documents d’une antiquité incontestable, portent à conclure que les différentes parties de la Gaule ont été évangélisées dès le premier siècle. »

Les premiers apôtres des Gaules ou histoire de l’introduction du christianisme dans notre pays,
Abbé Etienne Georges, 1878, p. 62

Comment admettre...

Principales voies romaines de l'Empire Romain autour de l'an 125 après Jésus-Christ

Carte interactive de l'Empire Romain itiner-e

ROme - arles : 1 mois

de trajet à pied (30 km/jour).

Frise des premiers apôtres de Gaules

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Quelques considérations à propos des origines de la christianisation de la France, MGR LE TOURNEAU

EXTRAIT : À la fin de leur XIVème tome, les Bollandistes reproduisent un article de Jules Corblet sur Les origines de la foi chrétienne dans les Gaules et spécialement dans le diocèse d’Amiens. Comme les Bollandistes, il appartient à l’école traditionnelle opposée à l’école historique ou anti-traditionnelle, une école rationaliste, pour laquelle la tradition n’est pas un fondement de l’histoire.
Nous y lisons que nombre d’auteurs ont « démontré l’antiquité de nos origines chrétiennes par une foule de preuves qui ont pu être contestées, mais non pas réfutées » (p. 657) ; et aussi que « la tactique de nos adversaires consiste à nier, de parti pris, l’authenticité des textes qui les gênent » (p.664).

Les origines de la critique historique (Arnaud Boüan)

De Luther à Duchesne, en passant par Launoy, la série noire de la critique historique, mais aussi les réponses de l’Église. Retour sur une gigantesque controverse! Malheureusement, l'intervention d'Hugues de Chabannes sur saint Martial n'a pas été enregistrée... mais il est possible qu'une prochaine occasion lui permette de renouveler son témoignage enthousiasmant.

Réfutation de la thèse de Mgr Duchesne (Bernard Patron)

Après un survol de la critique historique, Bernard Patron montrera dans le détail comment Mgr Bellet répondit aux objections de Mgr Duchesne. Ce sera un cas d'école de l'histoire qu'on appelle depuis trois siècles, "un champ de bataille"!

Les Petits Bollandistes, T. 1 à 15, 1865-1869, par Mgr Paul Guérin.

Vies des Saints, Père Giry (1635-1688).

Biographies évangéliques, 1881, par Mgr Gaume.

Histoire de chacun des soixante-douze disciples de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 1868, par l’abbé Maistre.

Histoire générale de l’Église, 1874, par l’abbé Darras.

Les premiers apôtres des Gaules ou
histoire de l’introduction du christianisme dans notre pays, 1878, Abbé Etienne Georges.

Annales hagiologiques de France, Les Vies de tous les saints de France, 1860, M. Charles Barthélemy.

Les origines de la foi chrétienne dans les Gaules, 1870, Jules Corblet.

Le sens chrétien de l’histoire, 1858, Dom Guéranger.

Dans les diocèses :

Histoire du Précieux Sang de Fécamp, 1838, par M. André Pottier.

Sur saint Clément, De l'origine apostolique de l'église de Metz, 1847, par l'abbé Chaussier.

Chronique religieuse de la ville de Vienne, 1856, par M. Mermet Ainé.

Histoire de saint Martial, 1683, par Modeste de Saint Amable.

La vie, gestes, mort et miracles des saincts de la Bretaigne armorique, Nantes, 1637, par Albert Le Grand.

Sur saint Trophime, La basilique primatiale de Saint-Trophime, 1888, par l'abbé Bernard.

sources en défense de l'évangélisation du premier siècle