Veillée à Paris le vendredi 26 juin à 20h - eglise Notre-Dame de Lourdes

frise chronologique des controverses

Jean Calvin (1509-1564)

Dans son traité des reliques, ils n’hésite pas à pourfendre les traditions, en particulier celles de saint Denis : « Entre les martyrs anciens, saint Denys est des plus célèbres : car on le tient pour un des disciples des apôtres et le premier évangéliste de France. A cause de cette dignité, le corps est demeuré entier en deux lieux : à saint Denis en France et à Ratisbonne en Allemagne. Qui dirait à saint Denis près de Paris, que le corps n’est point là, il serait lapidé. Quiconque voudra contredire, qu’il ne soit à Ratisbonne, sera tenu pour hérétique. Ainsi le plus expédient sera de ne s’entremettre point de leurs querelles. Qu’ils se crèvent les yeux les uns les autres s’ils veulent, et en ce faisant qu’ils ne profitent de rien : sinon pour découvrir que tout leur cas gît en mensonge. » Concernant sainte Marie Madeleine, il est encore plus lapidaire : « Elle n’a eu que deux corps, dont l’un est à Vezelay près d’Auxerre et l’autre, qui est de plus grand renom à Saint Maximin de Provence : là où la tête est à part, avec son Noli me Tangere (Ne me touchez pas) : qui est un lopin de cire, qu’on pense être la marque que notre seigneur Jésus Christ lui fit pour ce qu’elle était marri qu’elle le voulait toucher… Qui voudrait avoir certitude de tout cela, il s’enquerrait pour le premier, à savoir si le Lazare et ses deux sœurs, Marthe et Magdeleine, ne sont jamais venus en France pour prêcher. Car en lisant les histoire anciennes, et en jugeant du tout avec raison, on voit évidemment que c’est la plus forte fable du monde et laquelle a d’autant d’apparence que si on disait que les nuées sont peaux de veau »

Dom François Chamard (1850-1919)

Dom François Chamard est un religieux bénédictin dans la tradition mauriste et une érudit français. Il est connu pour ses travaux sur l’histoire ecclésiastique et a écrit en 1873 une étude sur l’établissement du Christianisme et les origines de France. Il y démontre que l’église s’est développé partout et dès le départ en nommant des évêques attachés à un lieu et que l’évangélisation est parallèle au développement des diocèses. Il contredit par de nombreux exemples la théorie d’une évangélisation nomade. A la fin de 2e siècle, l’Afrique du Nord comptait plus de 200 diocèses et soutient l’idée que la Gaule en comptait à cette date au moins une centaine.

Jean de Launoy (1603-1678) janséniste

Jean de Launoy est janséniste et a écrit une multitude de dissertations érudites, souvent brèves, consacrées à des questions historiques et théologiques précises. Son œuvre est marquée par une critique systématique des traditions, ce qui lui a valu le surnom de « dénicheur de saints ». Souvent perçu comme trop destructeur, il déconstruit plus qu’il ne reconstruit, il a remis en cause des traditions anciennes en particulier celles du 1er siècle, en appliquant une règle simple : en l’absence de source ancienne fiable, la tradition devient suspecte. Ainsi il a remis en cause l’apostolicité de saint Denis de Paris , de saint Martial de Limoges, de saint Ursin de Bourges et les traditions provençales autour de saint Marie Madeleine. Ces traditions sont pour lui des inventions tardives nées au Moyen Âge.

Daniel Papebroch (1628-1714)

Membre des bollandistes, Daniel Papebroch a joué un rôle majeur dans le développement de la critique historique des vies de saints avec ses prises de position critiques sur les traditions espagnoles et gauloises. En particulier dans les Acta Sanctorum, Papebroch a avancé une thèse très radicale, selon laquelle beaucoup de chartes mérovingiennes conservées dans les monastères (notamment à l’Abbaye de Saint-Denis) seraient fausses ou fortement altérées. Il juge le style suspect, les formules anachroniques et les supports matériels tardifs et développe une méfiance générale envers les archives monastiques anciennes.

Louis-Sébastien Le Nain de Tillemont (1637-1698)

Son travail majeur est « Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique des six premiers siècles ». Il ne retient que ce qui est solidement attesté par des sources anciennes et concordantes et rejette les traditions tardives non documentées. Les traditions apostoliques ne reposent pas d’après lui sur des témoignages suffisamment anciens et il accrédite la chronologie de saint Grégoire de Tours, qui place l’envoi des sept missionnaires en Gaule vers 250, sous l’empereur Dèce, considérant cet historien comme une source ancienne et sérieuse et cette date cohérente avec l’histoire des persécutions du 3e siècle.

Antoine Pagi (1624-1699)

Antoine Pagi est un religieux franciscain et historien français. Son œuvre majeure est une révision critique des célèbres Annales ecclésiastiques de César Baronius. Il y corrige les erreurs de chronologie, compare les sources (conciles, lettres, chroniques), propose des datations plus rigoureuses, souvent en recalant les événements année par année. Antoine Pagi est ainsi considéré comme un précurseur de la critique historique moderne. Ainsi (tome 3 page 558) il exhume un précepte du Roi Theodoric daté de 723, qui affirmait que les trois glorieux martyrs, le bienheureux Denys, avec ses compagnons Rustique et Éléothère, furent envoyés par saint Clément, successeur de l'apôtre Pierre. Soit un siècle après la mort de Grégoire de Tours et en contradiction avec son assertion. Montrant ainsi que dès cette époque, l’affirmation de saint Grégoire de Tours était considérée comme une erreur.

Jean Mabillon (1632-1707)

Grande figure pensante du 17e siècle de la congrégation de Saint-Maur, il laissa une œuvre considérable reconnue par ses pairs d’un bout à l’autre de l’Europe. La langue latine dont l’usage était si répandu favorisait beaucoup ce libre échange de produits intellectuels. Les hommes éminents de toutes les nations le consultaient. Dans sa diplomatique en 1681, ce bénédictin a démontré l’inexactitude des théories de Papebroch sur les chartes mérovingiennes. Jean Mabillon lui reproche d’avoir condamné en bloc des documents mérovingiens sans discernement. Son livre devint ainsi fondateur en établissant une méthode rigoureuse pour apprécier l’authenticité. Dans sa droiture, Mabillon s’écriait « on voudrait séparer la piété de la vérité ! Peut-il y avoir contre la vérité une piété sincère et véritable ? » Infatigable chercheur sur l’histoire ecclésiastique de la France, il a par exemple montré que saint Georges du Velay envoyé par saint Pierre avait fondé son diocèse dans la ville de Ruessuim au Nord du Puy en Velay. Il se prononça contre Grégoire de Tours au sujet de saint Denys, dont il assigne la mission sous saint Clément , à la fin du 1er siècle.

Mgr Duchesne (1843-1922)

Dans son œuvre majeure « Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule » (publiée à partir de 1894), il pose la question des origines des Églises de Gaule et donc de son évangélisation. Il entend établir une chronologie réaliste de l’épiscopat en Gaule en reconstituant, diocèse par diocèse , les listes d’évêques, leur ordre chronologique et leur date probable d’existence. Il va étudier 119 listes d’évêques et en sélectionner 24 de bonne qualité. Et pour ces 24, à partir d’une date identifiée comme fiable, par exemple que le 5e évêque de la liste a signé le document de saint Athanase en 346, il va remonter dans le temps pour donner une date approximative de fondation en retranchant 15 à 20 ans par épiscopat. Et ainsi prouver que la plupart des sièges épiscopaux gaulois n’apparaissent de manière sûre qu’au 3e ou 4e siècle.

XVème siècle

Partisans de l'évangélisation tardive

Partisans de l'évangélisation du Ier siècle

Pierre Odin (1471-1502)

Prêtre et chanoine de Notre Dame du Puy, Pierre Odin fait partie de cette vaste confrérie de moines et d’hommes d’églises, qui se sont appliqués leur vie durant à transmettre les traditions, telles qu’elles étaient relatés dans d’anciens livres aujourd’hui disparus. Il a ainsi écrit « la fondation de sainte église et singulier oratoire de Notre Dame du Puy ». Ce saint prêtre, très charitable, voué aux belles et bonnes œuvres et par dessus tout d’une éminente piété, s’est attaché à transmettre de belles images de son église primitive : l’apparition majestueuse et le divin sourire de la sainte Vierge, les anciens actes des premiers évêques, les cantiques, la rosée de neige au lendemain de l’apparition… Chimères, songeries, diront les sceptiques… Aux cœurs tendres et aux âmes religieuses, le mystère reste sacré.

Abbé Casimir Chevalier (1825-1893)

Ses travaux couvrent surtout l’histoire religieuse, l’archéologie, les archives et la géologie, avec un fort ancrage en Touraine. Dans son livre « Les origines de l'Église de Tours, d'après l'histoire. » , paru en 1871, il reconnaît une première mission chrétienne aux temps apostoliques en le prouvant par des données historiques (saint Ursin envoyé à Bourges selon Grégoire de Tours… ) et il affirme que « l’on peut en conclure que la bonne nouvelle fut disséminée partout dès l'origine, comme nous l'avons dit plus haut, par une prédication universelle, nécessairement rapide et nomade, vu le petit nombre de missionnaires; mais il n'en résulte pas que des Églises, et même des chrétientés, fussent organisées partout dès le premier siècle ». Selon lui « les Églises de France ne durent être constituées que longtemps après » et aucune structuration hiérarchique et fondation de diocèse n’ont pu advenir avant la fin du 2e et ne se développer vraiment qu’aux 3e et 4e siècles.

Mgr Bellet (1832-1902)

Prêtre et érudit français, il a publié de nombreuses études sur l’histoire des diocèses français et les origines apostoliques des Églises locales. En particulier il a étudié le récit hagiographique de saint Martial et a publié une étude très complète sur les reliques de sainte Marie Madeleine à Saint-Maximin. En 1896, son livre, les Origines des Églises de France et les fastes épiscopaux, est une réponse à la thèse Mgr Duchesne. Il y souligne que la démonstration de ce prélat ne tient pas compte ni d’éventuelles lacunes dans les listes, ni des vacances des sièges, ni de la durée incertaine des épiscopats. Les archives diocésaines avant le 6e siècle ayant été en grande partie ou saisies par les autorités romaines ou détruites par les invasions. Et il applique le raisonnement de Mgr Duchesne aux diocèses du moyen orient fondé au 1er siècle comme nous le disent les actes des apôtres. Par exemple à Salamine (Chypre), en 325, son évêque s'appelait Gelasius et est le quatrième de la liste. Cependant, l'Eglise de Salamine a été fondée par saint Paul vers 40. Ce même constat se retrouve à Athènes, Tarse, Hiérapolis… Il détaille les cas de 21 diocèses à l’appui de sa démonstration. La théorie de Mgr Duchesne s’en trouve complètement invalidée.

XVIème siècle

Honoré Bouche (1599–1671)

Honoré Bouche est un prêtre et historien français originaire de Provence, connu pour ses travaux sur les traditions chrétiennes anciennes. Il a publié en 1663 un livre très détaillé intitulé « Défense de la sainte foy et de la pitié de Provence pour les saints tutélaires Lazare & Maximin, Marthe & Magdalene ». Il revient sur les anciennes disputes, à savoir la mort présumée de sainte Madeleine à Éphèse et le prétendu dépôt de ses reliques à Vezelay. Il relate pour cela les fouilles faites à saint Maximin en l’année 1279 sous l’égide Charles II, qui ont enlevé les derniers doutes et rappelle également qu’il n’y a qu’une seule Marie Madeleine dans les évangiles, comme l’a montré saint Augustin et contrairement à la position de Jean Calvin, qui soutient 3 figures différentes.

XVIIème siècle

Simon-Germain Millet (1575-1647)

Membre de l’école primitive de la congrégation de Saint-Maur, installée dans la vieille abbaye de Saint-Germain des Près, Dom Simon-Germain Millet, le traducteur des dialogues de saint Grégoire, a été l’adversaire souvent heureux du célèbre « dénicheur de saints », Jean de Launoy. Sur saint Denis de Paris, Dom Millet défend la tradition reçue en s’appuyant sur les textes hagiographiques, la tradition liturgique, l’autorité ancienne et considère ainsi que la continuité du culte vaut preuve historique.

XIXème siècle

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