Réponse au Journal La Croix

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ACTUALITÉS

Arnaud Boüan

10/20/20264 min read

Le théologien Jean-François Chiron a publié un article dans le journal la Croix pour dénoncer les "pieuses légendes assenées comme des évidences lors de la veillée au Stade de France"; selon lui, elles "discréditent l'Eglise". Un peu plus loin, il regrette de la même manière que la Sainte Tunique du Christ ait été présentée comme authentique, alors que "l'on s'ait, sans aucun doute possible, que cet objet remonte au Moyen Âge." La suite est sans concession: "Soyons francs: ou bien les organisateurs ignoraient qu'il s'agit d'une pieuse légende, et c'est gênant, ou bien ils le savaient, et ça l'est encore plus. Il y a longtemps qu'on a montré qu'on a affaire à des récits remontant à une période avancée du Moyen Âge, destinés à donner une origine apostolique, ou à peu près, à certains diocèses de France."

Si je comprends bien, les organisateurs de la veillée au Stade de France se sont comportés comme les moines-copistes, pour le malheur de la vérité historique!

Ayant eu connaissance de cet article, qui sera lu, soyez en certain, dans à peu près tous les presbytères, monastères et séminaires de France, j'aimerais savoir quels sont les catholiques qui se lèveront pour défendre la vérité du débarquement de ste Marie-Madeleine en Provence, initiant notre histoire chrétienne. On découvre au milieu de l'article, le renvoi vers un autre, intitulé "Comment Jésus est devenu le Christ: l'histoire mouvementée d'une foi en construction": ainsi tout est lié par le modernisme de ces théologiens dits "catholiques": le mythe de Marie-Madeleine est la suite du mythe du Christ, inventé par les premiers chrétiens enthousiastes à l'excès!

Tout est lié également après, et il pose justement la question, à mon avis décisive: "Et pourquoi s'arrêter en chemin? La même tradition a fait de Lazare le premier évêque de Marseille, et on pourra proposer à nouveau, comme premier évêque de Paris, saint Denis, le converti de saint Paul sur l'Aréopage d'Athènes, lui qui, décapité à Montmartre, s'empara de sa tête pour aller s'inhumer à Saint-Denis..." Nous sommes, sur ce point bien d'accord avec lui : en acceptant sainte Marie-Madeleine, la logique impose de recevoir également la tradition de Marseille, de Paris, et nous ajoutons de Limoges avec saint Martial, d'Auvergne avec saint Austremoine, de Belgique et Alsace avec saint Materne, et jusqu'à notre cher saint Drennalus de Morlaix et du Yaudet, disciple de saint Joseph d'Arimathie à Glastonbury! C'est tout ou rien. Il choisit rien, et nous voulons défendre toutes ces histoires saintes!

Il évoque ensuite les travaux des bénédictins comme Mabillon, Tillemont et autres, qui sont à son avis les premiers historiens catholiques sérieux, qui ont conduit les évêques de Paris puis de presque toute la France à corriger leurs bréviaires. Il salue ces corrections et je déplore les modifications de nos bréviaires, opérées par des évêques plus mondains et gallicans que catholiques, fustigés par saint Louis-Marie en son temps.

L'auteur poursuit en évoquant "la contre-offensive" au début du XIXe siècle : il s'agit de nos chers abbés Faillon, Darras, Gaume Guérin etc... cette pléiade d'ecclésiastiques qui ont relevé la tête après la Révolution, et retrouvé victorieusement les origines apostoliques de tous les anciens diocèses de France, contre les historiens républicains qui niaient bien entendu leurs démonstrations. Chiron poursuit: "La science des décennies suivantes eut bien du mal à faire valoir les droits de l'histoire et du bon sens et le grand historien Mgr Duchesne le constata à ses dépens à la fin du XIXe siècle." Depuis Duchesne, il est devenu obligatoire de faire passer l'histoire catholique sous les fourches caudines de la fameuse science historico-critique, qui n'est autre que du rationalisme crypté. Ce ne sont pas les "droits de l'histoire et du bon sens" qui ont triomphé avec lui, mais le modernisme, qui conduisit son disciple, le prêtre Alfred Loisy, à remettre en question l'Evangile comme son maître avait remis en question la vie des saints. Il fallait désormais distinguer entre "ce qui relève de la vérité de ce qui est fake news"... Loisy devint apostat et Duchesne eut son siège d'académicien... Pour celui qui critiquait la vénalité des moines, c'est quand même un comble ! Sa condamnation par saint Pie X, hélas, n'enraya pas son immense influence sur tout le clergé intellectuel du XXe siècle.

Il termine en parlant des enjeux de présenter ainsi cette histoire, "si un jour des jeunes venaient à s'en apercevoir"... de la supercherie millénaire qui continue! Nous pensons, pour notre part, au jour où les Français découvriront comment des historiens dits "sérieux" et "sans préjugés", leurs ont arraché ces trésors sous prétexte de science. Il y va de la "crédibilité de l'Eglise" poursuit-il, et nous sommes d'accord: il s'agit bien de savoir si l'Eglise, pendant des siècles, a pu enseigner l'erreur à ses enfants. N'est-ce pas contraire à notre acte de foi? "Mon Dieu je crois toutes les vérités que vous nous avez révélé, et que vous nous enseignez par votre Eglise" !

Monsieur J-F Chiron, acceptez-vous un débat public sur cette question?

Arnaud Boüan

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